Jim Baldy, 22/04/2017
Que ce soit en Corée du Nord ou en Corée du Sud, les gouvernements respectifs de ces deux nations font face à des difficultés politiques. En effet, bien qu’il soit difficile de juger la situation politique interne de la Corée du Nord, il est possible de penser du fait de l’assassinat de Kim Jong-nam le 13 février 2017 que des dissensions existent au sein de l’establishment Nord Coréen. De même en Corée du Sud où l’ex-présidente Park Geun-hye fut destituée en décembre dernier suite à de nombreux scandales de corruption. En addition à ces difficultés nationales, la péninsule connait depuis peu un nouveau regain de tensions. Dans la nuit du samedi 15 avril, la Corée du Nord a procédé à un tir de missile suite à un rappel de sa volonté à riposter à toutes attaques menées contre elle. De plus, lors du 105e anniversaire de la naissance de Kim Il-sung la Corée du Nord fit défiler de nouveaux prototypes de missiles balistiques. En riposte, Donald Trump a faussement déclaré avoir envoyé le porte-avion Carl Vinson en direction de la péninsule Coréenne afin de supporter son allié Sud-Coréen. La situation géopolitique de la péninsule semble donc de nouveau être au cœur de toutes les préoccupations sécuritaires mondiales du fait d’un possible dérapage politique ou militaire qui risquerait de déboucher sur une guerre nucléaire. Le but de cet article est, dans la mesure du possible, de procéder à un rappel des faits et de présenter la situation géopolitique de la péninsule Coréenne afin de mettre en perspective les récentes évolutions politiques qu’elle a vécues.
Historiquement, la Corée fut pendant longtemps sujette aux prétentions territoriales soit de la Chine, soit du Japon. Entre 1910 elle fut annexée par le Japon au sein de son empire colonial. Puis, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et donc à la chute de l’empire japonais s’est définie une situation politique qui allait perdurer. En effet, du fait de l’arrivée des troupes de libération Soviétiques au Nord et celles des Etats-Unis au sud, furent crées deux administrations politiques rivales. En 1950 Kim Il-sung déclenche la Guerre de Corée, elle durera trois ans et fera plusieurs millions de morts, civils et militaires. Si les Nord-Coréens réussissent dans un premier temps à pousser la ligne de front au sud, ceux-ci se font contrer suite à l’implication américaine et internationale. L’envoi massif de ‘volontaires‘ chinois viendra ensuite stabiliser la ligne de front le long du fameux 38e parallèle. La Corée est partitionnée et ainsi débute la situation politique telle qu’on la connait. Si à la fin de la guerre de Corée le Sud était pauvre et corrompu tandis que le Nord était plus industrialisé et considéré comme plus progressiste, cela s’inversa au fil des années. En 1974 le PNB de la Corée du Sud dépasse celui de son voisin. Aujourd’hui la Corée du Sud est reconnue pour son dynamisme économique, ses technologies de pointe et sa culture; la Corée du Nord elle l’est pour sa dictature, les famines sévirent dans le pays au cours des années 1990 et pour ses nombreuses provocations politiques. La Corée du Sud a bel et bien supplanté la Corée du Nord. Cette différence de modèle de société peut se remarquer à travers le tableau suivant.
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Corée |
Corée du Nord |
Corée du Sud |
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Population |
76 039 483 |
25 115 311 |
50 924 172 |
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Superficie |
220,258 km2 |
120,538 km2 |
99,720 km2 |
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PNB |
$1.432 trilliard |
$28 milliards |
$1.404 trilliard |
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Urbanisation |
75.40% |
60.90% |
82.50% |
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Espérance de vie |
78.4 |
70.4 |
82.4 |
Source: CIA World Factbook
De la libération de la Corée, de la guerre coréenne, du paradigme de la guerre froide et du retrait relatif de l’URRS dans les affaires de la Corée du Nord naitront les alliances politiques suivantes; la Chine protégera la Corée du Nord, les Etats-Unis la Corée du Sud. Ces alliances perdureront et se confirmeront au fil du temps. Néanmoins deux éléments vont venir affecter cet ordre des choses. Premièrement l’élection de Donald Trump et deuxièmement un éventuel changement de l’attitude de la Chine par rapport à Pyongyang si l’on considère le fait qu’il n’y avait pas de représentant chinois lors de la parade militaire qui célébrait le 105e anniversaire de la date de naissance de Kim Il-sung.
Alors que penser de ce relatif retrait politique chinois? La clé de la réponse se trouve dans la volonté chinoise de perpétuer le statu-quo entre les deux états. Ainsi la Chine se propose de jouer les médiateurs entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Celle ci aurait trop à perdre d’un éventuel conflit entre les deux Corées et d’une réunification par la guerre. En effet cela pourrait engendrer une réunification de la Corée par le Sud et donc permettrait le déploiement de troupes et de missiles américains à ses frontières. De plus cela pourrait engendrer également un afflux de réfugiés nord-coréens et pourrait également poser des problèmes dans la préfecture autonome de Yambian (en Chine, au Nord-Est de la Corée du Nord) où vivent un million de Sino-Coréens (Dayez-Burgeon & Kim, 2013). De ce fait la Chine est un avocat du statu-quo et souhaite éviter tout conflit dont les répercussions pourraient lui être néfastes. Dans cette logique la Chine a demandé de l’aide à la Russie pour procéder à des négociations. En addition à cette volonté de statu-quo il est important de noter que les relations entre la Chine et la Corée du Nord sont également sujettes à des évolutions. Par exemple depuis l’arrivé de Xi Jinping au pouvoir, la Chine semble montrer plus d’irritation envers son voisin Coréen (Pons, 2015). De plus, et cela doit être pris avec des pincettes, il est également important de noter que la Corée du Nord n’est pas non plus vouée à suivre les volontés chinoises. Cela fut récemment indiqué par l’exécution en 2013 de Jang Song-thaek qui était considéré comme pro-chinois et pour une plus grande ouverture économique en Corée du Nord (Page, 2013). Kim Jong-un semble donc vouloir s’affirmer politiquement à l’encontre de son voisin chinois, d’une certaine façon le juche historique s’oppose à l’économie de marché à l’oeuvre dans le pays du milieu.
Revenons maintenant à la demande d’aide chinoise envoyée à la Russie à propos de l’escalade récente des tensions entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Cette demande est intéressante de par l’histoire des relations politiques entre la Corée du Nord et l’URSS (et par la suite la Fédération Russe). Initialement la Corée du Nord était soutenue par l’URSS, néanmoins au fil des années l’aide économique accordé par l’URSS se rétracta; puis lors de la chute du bloc Soviétique, Moscou mis fin aux relations privilégiées entre elle et ses pays frères. L’avènement de Vladimir Poutine en Russie remit en marche les relations entre les deux états suite à la signature d’un traité d’amitié en 2000. S’en suivirent des visites diplomatiques et un regain d’échange. Si la Chine échoue à convaincre la Corée du Nord, peut être que la Russie y parviendra même si cela semble peu probable. En tous cas, le 19 avril, la Russie fut le seul membre du Conseil de Sécurité de l’ONU à s’opposer à une condamnation des tirs de missiles nord-coréens et donc laisse penser à une approche diplomatique différente de Pékin envers la Corée du Nord.
De l’autre côté du Pacifique les Etats-Unis semblent également se reposer sur le statu-quo. Néanmoins l’élection de Donald Trump pourrait amorcer une nouvelle politique envers les deux Corées. Si lors de l’élection présidentielle celui-ci semblait prôner un relatif désengagement américain dans le monde, ses récentes actions montrent le contraire. Les Etats-Unis ont bombardé une base de l’armée Syrienne, ont utilisé en Afghanistan la plus puissante bombe non-nucléaire de leur arsenal et donc, ont déclaré l’envoi d’un porte-avion et de son escadrille dans la région de la Corée. Les Etats-Unis semblent donc dans une posture stratégique de rappel de leur puissance de force de frappe qui, sans rentrer dans une guerre nucléaire, pourrait gagner la guerre. Dans le prolongement de cette idée, le vice-président Mike Pence visitant l’Asie déclara le 19 avril que “le bouclier monte la garde et l’épée reste prête”. L’administration Trump rappelle qu’elle peut régler la question Nord-Coréenne sans les chinois. Néanmoins il est important de se poser la question du coût et des répercussions d’une telle action.
Aujourd’hui la situation est complexe et l’escalade continue. Le régime Nord-Coréen a affirmé vouloir procéder à des tirs de missiles hebdomadaires. La Chine, elle, a offert sa protection à la Corée du Nord si celle-ci décidait de se dénucléariser. Cette proposition peut être jugée intéressante car le nucléaire Nord-Coréen est surtout perçu par Pyongyang comme un moyen de défense et de protection. Ainsi, grâce à la protection chinoise le nucléaire pourrait en effet être désuet. Seulement il faut également compter sur l’extrême paranoïa du régime de Pyongyang, il faut également comprendre que le nucléaire et la fierté qui en découle autorise une certaine reconnaissance politique qui permet aux idéaux Nord-Coréens de perdurer. Il semble donc difficile d’imaginer le régime actuel initier un désarmement. Enfin, le franc-parler et l’apparente détermination de Donald Trump laissent envisager une nouvelle approche politique américaine sur la Corée du Nord.
Bibliographie:
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Dayez-Burgeon, P. & K. J., (2013), De Séoul à Pyongyang. Le Cavalier Bleu. Paris.
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Page, J., (2013), North Korea execution confounds China. The Wall Street Journal. New-York.
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Pons, P., (2015), La Russie appelée à la rescousse. Le Monde Diplomatique. Paris.