Adrien Charrier, 11/05/2017
Le 4 mai dernier, les élections législatives algériennes ont confirmé la domination du Front de libération nationale (FLN) à l’assemblée populaire nationale (APN). Comptabilisant 164 sièges sur 462, le parti du président Abdelaziz Bouteflika doit désormais faire face à des enjeux sociaux et économiques importants à l’heure où les différentes crises aggravent la situation du pays.
Bien que l’état ait mis en place une campagne importante pour amener les algériens aux urnes, les chiffres de l’abstention et du vote blanc semblent être les grands gagnants de ce scrutin. Avec 65% de non-participation et plus de 2 millions de votes blancs, le message adressé aux gouvernants par le peuple est celui de la rupture. La distance qui s’opère entre l’état, le pouvoir et la population s’accélère au fur et à mesure où l’effondrement du prix du baril se prolonge, où les scandales de corruption éclatent et que les conditions de vie des algériens se dégradent.
Cette défiance témoignée par le vote blanc, symbolise une partie de la population politisée souhaitant en finir avec les vieilles recettes du pays. Comme le souligne Mokrane Ait Ouarabi dans le journal El Watan, « Les citoyens qui ont recouru à cet acte électoral voulaient clairement exprimer leur colère, leur désarroi et leur mécontentement face à leurs conditions de vie et à la situation générale du pays ».
Ce symptôme nouveau d’une politique qui s’essouffle provient du manque d’alternance politique en Algérie. En effet, le FLN qui est au pouvoir depuis l’indépendance, conserve sa majorité avec son allié/ennemi du rassemblement national démocratique (RND). Ayant obtenu respectivement 162 et 97 sièges à l’assemblée, on observe – par rapport aux élections législatives de 2012 – une perte de 57 sièges pour l’un et une augmentation de 25 pour l’autre (France 24). Le RND, issu de la mouvance libérale et constitué par des hommes d’affaires et des grands fonctionnaires, voit son pouvoir accroitre au détriment du parti nationaliste et socialiste du président Abdelaziz Bouteflika. À noter que l’une des explications réside dans l’état de santé du chef de l’état algérien, qui suite à un accident cardio-vasculaire en 2013 fait figure de fantôme dans la vie du pays.
Toutefois, si la conservation de cette majorité est dû en partie à l’abstention et aux votes blancs, on ne doit pas oublier ici le rôle de l’opposition qui à travers des luttes internes et leur incapacité à créer des leaders charismatiques, s’est vue échouer dans leurs bastions traditionnels. Ainsi, le front des forces socialistes (FFS) et le rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui sont généralement très implantés en Kabylie, n’ont pas eu la capacité de mobiliser et de rassembler comme par le passé.
La crise économique
Si l’économie algérienne bénéficie tout de même d’un taux de croissance de 3,6% en 2016, il ne faut cependant pas occulter la grave crise économique et sociale qui traverse le pays depuis 2014. En effet, l’évolution du prix du baril en dollar passé de 100$ à moins de 50$ en 3 ans, voit les recettes algériennes de l’exportation en hydrocarbure diminuer. Représentant 98% des recettes à l’exportation et 60% du budget, il est presque normal de voir se dessiner peu à peu les symptômes d’une crise sociale. Avec un taux de chômage de 10,6% en 2016 et plus de 45% de l’activité insérée dans l’économie informelle, l’état n’a pas d’autre choix que d’endiguer la hausse de ses dépenses publiques tout en augmentant les taxes sur l’essence, l’électricité et l’immatriculation des véhicules si il ne veut pas voir le Dinar algérien s’envoler. Si autrefois, l’état pouvait acheter la paix sociale, il est désormais clair que la politique d’austérité menée par Boutefika semble à bout de souffle et pourrait – si cela se prolonge – menacer la stabilité du pays.
Pour l’avenir
Néanmoins, si l’apathie du peuple algérien en vers ses élites politiques ne tend toujours pas vers une contestation très forte, c’est parce que la peur d’une révolution calquée sur celui des printemps arabes est encore dans les mémoires de chacun. En effet, en votant blanc ou en s’abstenant, on peut émettre l’hypothèse que les algériens souhaitent une réforme du pays qui ne passe pas la violence et la division, mais bien plus par l’intégration progressive de leur conditions de vies dans le débat national. D’un point de vue politique, les affrontements au sommet du pouvoir entre le FLN et le RCD ne font que commencer, et cette élection sera déterminante pour les prochaines élections présidentielles prévues en 2019.
Sources
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Banque Mondiale,(2017), Algérie Présentation. Lien : http://www.banquemondiale.org/fr/country/algeria/overview
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El Watan, (2017), Les partis de l’opposition face à leurs divisions. Lien : http://www.elwatan.com/actualite/les-partis-de-l-opposition-face-a-leurs-divisions-08-05-2017-344739_109.php
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El Watan, (2017), Front des boycotteurs, L’abstention est un référendum contre le pouvoir. Lien : http://www.elwatan.com/actualite/front-des-boycotteurs-l-abstention-est-un-referendum-contre-le-pouvoir-08-05-2017-344741_109.php
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El Watan, (2017), Vote blanc: Nouveau phénomène électoral. Lien : http://www.elwatan.com/actualite/vote-blanc-nouveau-phenomene-electoral-07-05-2017-344694_109.php
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France 24, (2017), Législatives en Algérie : le FLN et ses alliés conservent la majorité absolue. Lien : http://www.france24.com/fr/20170505-legislatives-algerie-fln-majorite-absolue-elections-bouteflika-rnd-front-resultat
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Le Moci, Algérie, Données Générales. Lien : http://www.lemoci.com/fiche-pays/algerie/